The Silent Season

Campagne 360° · 2026
Type
Campagne 360°
Année
2026
Mon rôle
Direction artistique, stratégie de marque
Livrables
Concept, logo de campagne, affiches, carnet, boussole, appareil jetable
Outils
Illustrator, Photoshop, InDesign

01Situation

Et si une marque de montagne commençait par se taire ?

Imaginer la campagne 360° d’une marque de haute montagne, en réinventant son discours, ses formes d’expression et sa relation au vivant.

The Silent Season, campagne d'affichage

Un territoire magnifique, mais qui change. Depuis 2020, les réseaux sociaux ont transformé des lieux de ressourcement en décors. Des sommets autrefois fréquentés par quelques randonneurs aguerris accueillent désormais des foules dignes des grandes capitales.

Le glissement est profond : on partait chercher le silence, l’effort, la beauté brute. On part aujourd’hui chercher une image. L’expérience devient secondaire ; la preuve de l’expérience devient l’objectif.

Plutôt que d’ajouter du bruit, j’ai voulu chercher une autre façon de prendre la parole, plus juste envers le public et envers le vivant.

02Tâche

Construire une marque, une idée, puis une campagne entière autour d’elle.

La marque : Picture Organic Clothing, une marque outdoor française créée en 2008 par trois amis passionnés de snowboard et de skate, qui a intégré l’éco-conception dès sa naissance. Matières recyclées et biosourcées, rapport d’impact publié chaque année : quinze ans d’engagement concret, et donc une vraie légitimité pour porter un discours radical.

The Silent Season, boussole
The Silent Season, appareil photo jetable

Restait à trouver la question qui ferait évoluer sa communication. Je l’ai formulée ainsi : comment une marque outdoor responsable peut-elle donner envie de montagne sans alimenter le surtourisme ?

Cette problématique impose ses propres règles : ne pas géolocaliser, ne pas créer de nouveaux spots viraux. Mais elle ouvre aussi un espace de communication inédit, fondé sur l’absence, le ressenti et l’intimité.

Le tout pour une campagne éthique, inclusive et respectueuse du vivant, sans tomber ni dans le discours culpabilisant, ni dans le vert de façade.

03Action

Partir d’une vérité

Tout commence par l’analyse : la marque, ce qu’elle raconte, ce qu’elle pourrait raconter.

Ses trois valeurs fondatrices contenaient déjà la campagne. Rider : vivre l’expérience. Protéger : ne pas exposer les lieux fragiles. Partager : mais autrement, sans exhibitionnisme.

Restait à comprendre la cible. D’un côté, des pratiquants de 22 à 38 ans, présents sur les réseaux mais de plus en plus fatigués par la culture du like. De l’autre, des urbains de 25 à 40 ans, attirés par la montagne qu’ils voient en ligne, mais intimidés par ses codes élitistes et ses images de performance extrême.

Entre les deux, une même tension, que j’ai résumée en une phrase : on ne photographie pas la montagne pour s’en souvenir, mais pour prouver qu’on y était.

Feel it, don’t show it

The Silent Season invite la communauté Picture à vivre une saison de montagne entière, de décembre à février, sans la documenter sur les réseaux sociaux. Troquer la performance sociale contre l’expérience.

Le défi est radical dans sa formulation, mais nuancé dans son application : il ne s’agit pas de diaboliser les réseaux, mais d’ouvrir un espace-temps délimité où la seule règle du jeu est de vivre, sans filtre ni audience.

Pour les pratiquants aguerris, c’est une respiration. Pour les nouveaux venus, c’est une porte d’entrée inclusive : personne ne leur demande d’être des experts, ni de se mettre en scène.

Faire d’une idée un univers

La direction artistique repose sur un renversement. Dans l’outdoor, la star, c’est presque toujours l’athlète : le corps en performance, le visage identifiable, l’exploit documenté. Ici, la montagne devient le sujet. L’humain s’efface, réduit à une silhouette floue, anonyme, qui ne vole pas la vedette au paysage.

La palette traduit la tension entre l’humain et la nature : l’orange brûlé et le beige pour la chaleur de l’expérience vécue, le bleu glacier et le bleu foncé pour la minéralité et l’immensité. Le rose, plus rare, apporte la douceur de l’intime.

Les courbes topographiques complètent le système : elles racontent le territoire dans toute sa complexité, sans jamais montrer un sommet spectaculaire ni un lieu reconnaissable.

Le flou et l’anonymat ne sont pas qu’un parti pris esthétique : ils répondent à la problématique. Un lieu qu’on ne reconnaît pas est un lieu qu’on ne peut pas géolocaliser. L’image protège la montagne autant qu’elle la raconte.

Les affiches poussent l’idée jusqu’au bout. Au centre, un cadre d’écran de téléphone, avec sa barre d’état. Tout ce qui est dans le cadre est flou ; tout ce qui est au-delà, la montagne, est net. Beyond the Frame, littéralement : ce qui compte se trouve hors de l’écran.

Affiche The Silent Season : un skieur flou dans un cadre d’écran de téléphone, devant une montagne enneigée nette
Affiche The Silent Season : un randonneur flou dans le cadre d’écran, sur un sentier d’alpage net
Affiche The Silent Season : un skieur en rouge flou dans le cadre, devant des sommets enneigés
Affiche The Silent Season : un lac de montagne flou dans le cadre, entouré d’un paysage net

Une idée, tous les supports

J’ai conçu les pièces qui font exister la campagne : le logo de la Silent Season, les affiches, le carnet, la boussole et l’appareil photo jetable. Des objets plutôt que des écrans, pour une campagne qui parle de déconnexion.

Le produit, d’abord. Pour tout achat d’un sac technique KOMIT.TR, pensé pour les longues randonnées en refuge, Picture offre le kit Silent Season : un carnet 15×21 cm en papier recyclé, avec les cartes topographiques des refuges partenaires, une pochette pour garder une feuille, un billet de refuge ou une photo argentique, et des consignes imprimées : « Décris une odeur », « Dessine le vent », « Colle la neige ». Le tout accompagné d’une boussole assortie.

L’expérience, ensuite. Beyond the Frame, c’est un week-end en montagne sans téléphone, pour 40 à 60 participants, dans trois stations partenaires. Au départ, les téléphones sont scellés dans une pochette, remplacés par un appareil photo jetable. Au programme : randonnée guidée jusqu’au refuge, ateliers d’orientation sans GPS et de lecture météo, carnet collectif, et récits de gardiens et de guides au coin du feu.

La diffusion, enfin. Des affiches en magasins, et trois médias outdoor, Snowflike, Wider et Kairn, invités à vivre l’événement avant de le raconter à leurs communautés. Privilégier la profondeur à la portée, l’engagement à l’exposition.

La campagne ne se documente pas elle-même, et c’est sans doute son choix le plus important. Une marque qui demande à sa communauté de ne pas exposer ses moments en montagne ne peut pas inonder les fils d’actualité de ces mêmes moments. Dans un secteur où le greenwashing est devenu un réflexe, cet alignement entre ce que la marque dit et ce qu’elle fait est le message.

Le kit Silent Season : sac Picture orange, carnet de haute montagne et boussole
The Silent Season, carnet de marque
The Silent Season, carnet de marque, pages intérieures

04Résultat

Une campagne 360° qui se déploie en trois temps : l’amorce en novembre, avec les affiches et le lancement du kit ; l’ouverture officielle de la Silent Season le 21 décembre, avec la première édition de Beyond the Frame ; puis les éditions suivantes et les reportages des médias partenaires, jusqu’en février.

The Silent Season n’est pas une campagne contre les réseaux sociaux. C’est une campagne pour une relation à la montagne qui ne se mesure pas en likes. La montagne comme star, le silence comme langage, l’expérience comme seule preuve.

Ce projet m’a appris qu’une identité forte peut aussi naître de la retenue, et que parler du vivant demande avant tout de la justesse.